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Le point sur le Japon

Au terme de notre séjour de deux mois au Japon, il est temps de refaire le point sur la culture japonaise que nous avons pu découvrir! Si dans le premier article nous vous présentions un Japon de rêve, je vous propose aujourd'hui une vision plus nuancée, enrichie de nos découvertes et au-delà de l'enthousiasme premier que ne manquera de provoquer tout séjour au Japon :-) (et d'ailleurs on rêve déjà d'y retourner ;-))


Une culture de la politesse, de la serviabilité

Comme dit dans le premier article, le touriste occidental sera d'emblée frappé par la grande politesse et serviabilité des Japonais. Les employés accourent littéralement pour vous servir, les policiers qui font la circulation vous saluent au passage, les formules de politesse abondent dans le langage. Les Japonais apprécieront par dessus tout une pareille politesse de votre part! En plus de cela, les Japonais vous écouteront avec une grande attention, ponctuant votre récit de "oooh" et de "éééh", vous applaudiront si vous montrez une de vos réalisations, et à votre départ, vous feront au revoir depuis le pas de la porte jusqu'à ce qu'ils ne voient plus votre voiture! (Petit conseil donc si vous devez encoder une adresse dans le GPS: partez au hasard puis arrêtez vous un peu plus loin pour vous orienter, car les Japonais attendront votre départ avant de rentrer chez eux ;-))

Prise par Pascale

Même les panneaux de signalisation vous saluent ;-)

... mais un certain racisme envers les immigrés

Mais ce que les touristes ne voient pas forcément, c'est que ceux qui tentent de vivre, en tant qu'étrangers immigrés donc, dans la société japonaise, seraient moins bien accueillis... Nous ne l'avons donc pas vécu nous-mêmes, mais avons entendu et lu de nombreux témoignages. Les plus discriminés seraient, apparemment, les Aïnous, les Africains, les Chinois et les Coréens. Mais également, de manière moins voyante, les Occidentaux (surtout américains). Ceci peut s'expliquer par plusieurs facteurs: l'histoire (la Chine et la Corée comme anciens pays colonisés, les Etats-Unis comme l'adversaire qui les a vaincus), l'insularité du pays qui les "coupe" davantage du monde extérieur (98% des Japonais sont d'origine japonaise! Dans les campagnes, beaucoup n'ont jamais vu d'Africains...), et une certaine idéologie qui date de l'époque de la Seconde Guerre Mondiale selon laquelle les Japonais seraient une "race pure" et supérieure aux autres. Les Japonais auraient ainsi tendance à penser que les étrangers ne peuvent pas comprendre leur culture et son raffinement, et à considérer les étrangers comme des "extraterrestres" avec lesquels on ne peut pas vraiment se comprendre. Quant aux Aïnous, peuple natif de l'île d'Hokkaido, ils ont toujours été discriminés en tant que peuple colonisé (voir notre article sur le sujet ici). Récemment, les deux dernières Miss Japon (2015 et 2016) ont créé la polémique sur les réseaux sociaux, car elles sont toutes les deux métisses (afro-américano-japonaise et indo-japonaise). Les Japonais n'ont pas apprécié qu'une "hafu" (venant de l'anglais half, donc "demi-Japonaise") représente le Japon. Ces dernières expliquent dans des interviews avoir participé au concours pour combattre les discriminations dont elles ont été victimes toute leur enfance...

Ariana Miyamoto, Miss Japon 2015, née de père afro-américain et de mère japonaise

Priyanka Yoshikawa, Miss Japon 2016, née d'un père indien et d'une mère japonaise

Notons cependant chez les Japonais une certaine fascination pour la langue française, que l'on retrouve de façon très "japonisée" sur des tasses et autres objets de décoration (à mourir de rire souvent ;-)) ou comme noms de restaurants. Et leur image de la Belgique, ce sont les chocolats belges dont ils sont très friands ;-)


Il ne faut toutefois pas (et jamais!) généraliser ce soupçon de racisme! Comme dans tous les pays de toutes les cultures, les plus ouverts d'esprit sont certainement ceux qui ont eux-mêmes voyagé. Ce sont aussi avec eux que l'on peut avoir des discussions plus "profondes" ou subversives, car il ne faut pas oublier que la culture japonaise est très réservée: l'intimité y est importante, et rares sont ceux qui vont ouvriront les portes de leurs maisons (et donc aussi de leurs pensées "profondes"). C'est pourquoi on trouve moins d'Airbnb au Japon qu'ailleurs, ou alors des Airbnb de type appartements où on ne voit même pas les propriétaires. Cependant, lorsqu'ils vous ouvrent vraiment leurs portes, les Japonais seront des plus chaleureux!

Un monde de bisounours

On vous l'avait dit: les Japonais raffolent de choses migonnes, kawai! Même les panneaux de signalisation le sont ;-)

Prise par Pascale

... mais une mauvaise condition de la femme

Mais cette obsession du mignon donne une image de la femme assez particulière: la femme japonaise de rêve (en tout cas en tant qu'objet du désir masculin) sera une sorte de femme-enfant, voire une femme-poupée. Mignonne, souriante, douce et attentionnée... On retrouve d'ailleurs au Japon une sexualisation de la jeune écolière, très présente dans le monde des mangas et des magazines porno, qui occupent des rangées entières dans les "convenient store", sorte de petites épiceries ultra modernes où on pourrait passer sa vie (il y a des toilettes, de quoi manger et boire, des micro-ondes, un ATM, une imprimante, et j'en passe!). L'exemple peut-être le plus frappant est celui des maid cafés. Originaires du quartier otaku (pour les fans de manga) d'Akihabara, ces cafés, destinés prioritairement aux hommes seuls, vous font entrer dans un jeu de rôle où les serveuses sont vos "domestiques" et vous leur maître. Les costumes sont inspirés de l'époque victorienne, mais en version plus sexy (avec une jupe plus courte). Elles vous accueillent d'une voix douce avec un "Bon retour à la maison, maître", s'agenouillent devant vous pour vous servir... Bao et moi avons tenté l'expérience pour vous, et cela nous a mis profondément mal à l'aise. Dans le café, il n'y avait que des hommes, et on sentait que c'était pour eux une sorte de fantasme qui pouvait se réaliser. Ils conversaient longuement avec la serveuse, et n'hésitaient pas à prendre les formules (payantes bien sûr) proposées: jouer aux cartes avec la serveuse, prendre une photo avec la serveuse, etc. Il y avait même un client qui semblait complètement fou (il avait amené avec lui un sac entier de peluches, qu'il disposait soigneusement sur sa table, et est entré en sautillant et en arborant sa peluche...). Dans le menu, on a vu que si on venait le mercredi, les serveuses seraient habillées en écolières et que vous seriez accueillis comme leur professeur... Bref, on est sortis le plus vite qu'on pouvait ;-) Bien sûr, la serveuse nous a fait au revoir longuement sur le pas de la porte...

Une serveuse d'un maid café (photo trouvée sur le web)

Au-delà de cet exemple un peu farfelu (mais typiquement japonais), la condition de la femme est considérée comme très mauvaise au Japon. Culturellement, le rôle de la femme, une fois mariée et avec un enfant, est de rester à la maison pour s'en occuper, tandis que son mari ira se tuer au travail, ne rentrant parfois que le weekend à la maison. Pour les femmes qui tentent le coup d'entrer dans le monde du travail, de nombreuses barrières se dressent devant elles, tant au niveau de l'embauche que du salaire ou des positions. Les discriminations dans le monde de l'emploi seraient ainsi très élevées.


Un monde du divertissement foisonnant de créativité


Mangas, animes, jeux vidéos, le Japon est connu pour son monde du divertissement ultra créatif. Il suffit de penser aux studios Ghibli!

Une séance de cossplay: comme vous pouvez le voir, le but est de se déguiser conformément à ses personnages de manga préférés (photo trouvée sur le web)

... mais un monde du travail aliénant

Mais ce monde ultra coloré cache une réalité plus sombre: celui d'un monde du travail complètement aliénant. Comme dit plus haut, ce sont majoritairement les hommes qui travaillent. Il faut savoir que pour les Japonais, l'apparence compte énormément. Tout sera donc fait par les travailleurs pour donner une bonne image d'eux-mêmes à leur patron. Au-delà du costard-cravate, les Japonais resteront au travail après leurs heures, même s'ils n'ont plus rien à faire (ils feront semblant de travailler!). Ils ne demanderont pas tous leurs jours de congés, car ils craignent d'être mal vus. Certains dorment même dans leur bureau. Bref, ils se tuent littéralement au travail, dans l'espoir d'être bien vus. Et les conséquences sont graves. En 2014, le gouvernement a reconnu la mort de 121 travailleurs pour cause de karoshi – « mort par excès de travail » en japonais. La police a reconnu le suicide de 2 000 personnes à cause, notamment, de problèmes au travail. Le ministère de la santé a révélé que 30 000 employés meurent chaque année de maladies cardio-vasculaires ou du cerveau, liées en partie aux heures de travail excessives. Près de 22 % des Japonais travaillent ainsi plus de 49 heures par semaine...

Photo trouvée sur le web, mais elle correspond assez bien à ce que nous avons pu voir dans les rues de Tokyo à l'heure de sortie du travail...

Une culture riche

L'histoire du Japon est riche de culture, et les Japonais en sont très fiers: les jeunes femmes adorent par dessus tout se promener en kimono dans Kyoto ou Tokyo, surtout à la saison des cerisiers en fleurs. La calligraphie, la cérémonie du thé, les geishas, les sanctuaires shinto, les temples bouddhistes, les sushis, et j'en passe: toute la culture du raffinement japonais ravit autant les touristes que les Japonais eux-mêmes!

Prise par Pascale

... mais une auto-colonisation

Mais le Japon, c'est aussi les gratte-ciels, les robots, la haute technologie, des toilettes high tech, et j'en passe. Dans certains quartiers de Tokyo, on se croirait à New York, avec les bâtiments kilométriques en verre et les publicités clignotantes... Certains parlent alors d'une auto-colonisation: l'Occident n'aurait pas eu besoin de venir coloniser le Japon, il l'a fait lui-même! Et ce à partir de l'ère Meiji (à partir de 1868). Cette période symbolise la fin de la politique d'isolement volontaire (pendant 250 ans quand même!) et le début d'une politique de modernisation du Japon. L’ère Meiji se caractérise par un basculement du système féodal vers un système industriel à l'occidentale. Et on peut dire qu'en matière d'innovation technologique, ils ont même fait mieux que les Occidentaux!

Prise par Pascale

Le carrefour de Shibuya, célèbre pour ses passages pour piétons en diagonale, voit traverser des milliers de personnes en même temps!

Des spiritualités vivantes

Contrairement à la Belgique où la religion est aujourd'hui de moins en moins présente, le shinto a manifestement su séduire les Japonais qui sont nombreux à venir faire une visite aux kamis (divinités ou esprits de la nature) des sanctuaires le weekend. On peut venir les prier pour toutes sortes de raisons: les étudiants viennent par exemple avant leurs examens ;-) Les prêtres se sont également très bien adaptés au consumérisme moderne, et proposent toutes sortes de petits objets "sacrés" à la vente, comme ces petites plaquettes en bois sur lesquelles des vœux seront écrits, puis pendues à un arbre... Nombreux sont les Japonais à se marier dans un sanctuaire shinto. Les enterrements sont traditionnellement plutôt opérés par les moines bouddhistes. Le succès de ces spiritualités vient peut-être en partie de leur caractère non-exigeant: on vient quand on veut au sanctuaire, et personne ne va vous punir de votre absence!

Prise par Pascale

Mariage traditionnel shinto

... mais un fort nationalisme

Prise par Pascale

Tori du Meiji-jingu à Tokyo

Une société en paix

Globalement, le Japon semble en paix. La sécurité y est très élevée par rapport aux pays européens. On raconte que si on laisse tomber son portefeuille à terre, les Japonais courront derrière vous pour vous le rapporter, et que si vous l'oubliez dans le métro, vous l'y retrouverez le lendemain ;-)

... mais répressive, voire manipulatrice, et avec peu de contestation sociale

Mais quand on creuse un peu, on découvre que le gouvernement n'aime pas trop la contestation sociale, et que en plus il y en a très peu! Une amie qui fait ses études à l'université de Kyoto nous racontait ainsi comment un groupe d'étudiants pro-paix et anti-guerre était ainsi considéré et appelé comme un groupe "terroriste" et ses manifestations on ne peut plus pacifiques (quinze jeunes tenant des pancartes et récitant tranquillement des slogans) ont été encadrées par un nombre démesuré de policiers armés jusqu'aux dents.


Toujours selon notre amie, les jeunes seraient peu enclins à se révolter contre les injustices qu'ils vivent. Ceux qui n'en peuvent plus (par exemple du monde du travail) s'auto-excluent de la société, par exemple en jouant toute la journée aux jeux vidéos. Les seuls "hippies" dateraient de l'époque de la seconde guerre mondiale et sont aujourd'hui bien âgés...


Dans un autre registre, le gouvernement ment à sa population concernant les retombées de l'accident nucléaire à Fukushima, et les médias lui sont complices (comme nous vous l'expliquions dans notre article sur Fukushima). La curiosité étant apparemment considérée comme un défaut, peu sont ceux qui vont chercher plus loin que ce qu'on leur dit...


Un rapport esthétique et sacré à la nature

A travers l'influence du shinto, les Japonais apprécient beaucoup contempler le changement des saisons: fleurs de cerisiers au printemps, feuilles d'érable en automne sont célébrés avec passion. Haikus, jardins, bonsaï, vénération du mont Fuji, estampes, le rapport à la nature est à la fois esthétique et sacré.

Prise par Pascale

Deux mikus, prêtresses shinto, au Meiji-jingu

... mais une écologie parfois vacillante

Mais si la nature peut être vénérée, elle n'est pas forcément protégée! Un exemple parmi d'autres: le suremballage des aliments. Apparemment, il serait lié à la culture du "plaisir d'offrir" des Japonais et à leur culte de la belle apparence... Les sacs en plastique sont également omniprésents dans les "convenient store" et en refuser un relève de l'exploit tant l'expression d'incompréhension totale de la vendeuse nous dissuade de réitérer un tel refus ;-) Un autre désastre écologique: les baguettes en bois jetables. On vous les donne partout, que ce soit au magasin ou au restaurant (pas les luxueux quand même). Conçues pour être jetées après une utilisation, on n'ose pas imaginer le nombre d'arbres abattus pour les fabriquer...

Chaque pastille est emballée! (photo trouvée sur le web, mais c'est du vécu ;-))

Conclusion

Bref, allez sans hésitations visiter le Japon, mais réfléchissez-y à deux fois si vous voulez y vivre! De toute façon, vous y arriverez très difficilement, car la politique d'immigration est assez sélective...



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